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Gagarine, la mythique cité ouvrière

Le film GAGARINE de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, projeté à CinéVersoix le dimanche 26 septembre à 18:30, porte le nom de la cité française la plus emblématique de la banlieue sud de Paris. Retour sur cette petite ville ouvrière, inaugurée en 1963 par le premier homme à avoir été dans l'espace et détruite en 2019, moins de 50 ans plus tard.

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Une cité accessible et confortable 

La cité Gagarine se trouve à Ivry-sur-Seine, bastion historique du Parti communiste français (PCF), dont tous les maires sont issus depuis 1925. Plus qu'un symbole, elle a été la vitrine internationale du PCF. "On a choisi cette cité pour accueillir Gagarine, pour montrer qu'Ivry la Rouge n'avait pas démérité en bâtissant des infrastructures" dignes de l'idéal soviétique, estime Emmanuel Bellanger, chercheur au CNRS et spécialiste de l'histoire des banlieues, dans une interview accordée à l'AFP.

 

La cité est conçue en 1961 par Henri et Robert Chevallier, deux frères architectes dont le père, Louis Chevallier, avait lui-même dessiné la première cité ivryenne, Pax en Progrès, en 1912. Les frère Chevallier n'en sont pas moins connus puisque ce sont eux qui ont créé, dans les années 1950, la cité Maurice Thorez, du nom du secrétaire général du PCF (de 1930 à 1964 !). Cette cité constitue le premier ensemble de grande hauteur de la ville (14 étages, 400 logements). Elle est en forme de T et toujours en place aujourd'hui.

 

Petite soeur de la cité Maurice Thorez, la cité Gagarine est aussi construite en forme de T, mais dans des dimensions légèrement inférieures (13 étages et 384 logements). En béton et en briques rouges préfabriquées, elle se veut confortable tout en étant accessible aux familles nombreuses et ouvrières. Salle de bain, grande cuisine, ascenseur, laverie, grands espaces verts...  Alors que la ville industrielle d'Ivry compte plusieurs bidonvilles, la gigantesque construction porte le signe d’une modernité ouvrière.

 

Le film de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh s'ouvre avec l'inauguration de la cité en 1963 en présence de Youri Gagarine. Le cosmonaute soviétique, qui a effectué au mois d'avril 1961 le premier vol habité dans l'espace, est acclamé par les Ivryens. Dans la liesse générale, et sous les bouquets de fleurs et de confettis, il plante un arbre.

>> Voir les images tournées par le service cinéma du Parti communiste français 

La population locale et des immigrés prennent possession des lieux, d'abord espagnols, puis italiens, portugais, maghrébins et maliens. L'atmosphère est "fraternelle" et sans problèmes de racisme, témoignent la majorité des habitants.

 

De nombreux défauts irréparables 

Avec le temps, la cité idéale perd de son aura. D'abord dans les années 1970, avec le choc de la désindustrialisation qui frappe la ville. La cité se paupérise, la délinquance monte, au point de devenir une zone urbaine sensible. Par ailleurs, la construction présente de nombreux défauts : microfissures, affaissement, mauvaise insonorisation alors que les bâtiments sont construits à flanc de rails, obsolescence, défaillances. Des travaux sont menés en 1995, suscitant beaucoup d'espoir. Mais les corrections s'avèrent compliquées. L'idée d'une réhabilitation s'essouffle. 

 

En 2008, la ville annonce la démolition totale, au profit d'un projet urbain de 12 hectares, surpassant la cité : la ZAC Gagarine-Truillot. Seuls deux bâtiments voisins de la cité, moins dégradés, seront conservés et réhabilités. Le nouvel objectif est de construire 1400 appartements « abordables », dont seulement 30% de logements sociaux, afin de favoriser la mixité sociale. L'écoquartier doit aussi comprendre une crèche, une école, un gymnase, 2000 m2 de commerces, 65'000 m2 de locaux d'entreprise et de l'agriculture urbaine. 

 

Durant cinq ans, la cité voit ses habitants partir au compte-goutte, relogés dans d'autres espaces, avant de finalement entrer en phase de démolition, en août 2019. La destruction de Gagarine se fait toutefois en douceur, sans explosion spectaculaire. Avec la construction du nouvel éco-quartier, les travaux devraient durer une dizaines d'années, pour un coût estimé de 300 millions d'euros. Avec cette page qui se tourne, certains déplorent la fin d'un monde solidaire et le début d'une gentrification.

Caroline Briner

GAGARINE, le dimanche 26 septembre à 18: 30
sur l'écran de CinéVersoix !

Fanny Liatard, Jérémy Trouilh, 2021, France, 1h38, vo français st anglais,10+/14+

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